LOS HEREDEROS, LES HÉRITIERS FAUCHÉS

Dimanche, je ne me sentais pas la force de parcourir un musée, je me suis alors tourné vers le cinéma et plus précisément vers la Cineteca Nacional à Coyoacan, un complexe salles de ciné-café-librairie avec des tarifs étudiants à 1,25€ la place, et, comme vous pouvez l'imaginer, envahi par les chavos (les jeun's) branchés de Mexico City. Paresseusement je me tourne vers un documentaire qui propose peu de dialogues et beaucoup d'images avec l'ambition de découvrir un bout de Mexique géographique et social, autrement dit Los Herederos.


L'HISTOIRE :
 Los Herederos, c'est trois ans de tournage pour suivre la vie, ou plutôt devrais-je dire le combat pour la survie, des enfants des états de Puebla, Oaxaca, Sinaloa et Veracruz (entre autres) au Mexique. Le réalisateur, Eugenio Polgovsky, a intégré des communautés où les membres sont amenés à travailler dans des conditions très pénibles dès le plus jeune âge : "et dire qu'il est possible de devoir vivre dans ces conditions... C'est inhumain." nous dit-il. Les protagonistes sont filmés dans des fermes, font des sculptures, fabriquent des briques, tissent, puisent de l'eau, cultivent des tomates, des piments, du maïs... Heredo signifie "héritier", ces gamins sont les héritiers des techniques ancestrales de leur culture, leur maîtrise est surprenante, mais aussi, et surtout, des conditions de vie tragiquement difficiles. La caméra fait un parallèle avec les vieillards qui travaillent, eux aussi, mais sans la santé et vraisemblablement jusqu'au dernier soupir, pour nous montrer le cercle infernal qui semble se perpétuer de génération en génération, sans progrès, sans espoir.
LE STYLE : Comme Patrice Leconte avec Dogora, le film est une succession de plans qui révèlent le quotidien de cette population défavorisée sans commentaires, mais cette fois-ci sans l'aspect esthétisant. On parle de Cinéma du Réel pour inscrire ce documentaire dans une catégorie. La direction artistique du film a pris le parti d'un rendu brut et dur, à l'image de la qualité de vie de ces enfants démunis. Ainsi c'est une pellicule abîmée avec un cadre légèrement flou et des séquences surexposées qu'il nous est donné de voir à l'âge du numérique. La caméra épaule fait des plans serrés, agités, la bande-son est effroyable, le spectateur est malmené, agressé, on est projeté sans vergogne dans cet univers. Le contraste de cette peau lisse et de ces yeux paisibles avec les travaux épuisants et dangereux qu'ils réalisent est déroutant. Le film est soutenu par l'Unesco, le message est clair, opération coup de poing pour recevoir de l'aide et, au moins, ouvrir les yeux du public. 
LES  RÉCOMPENSES : L'oeuvre remporte le prix du meilleur film documentaire des ARIEL Awards 2009, le plus prestigieux du cinéma mexicain, décerné par l'Académie mexicaine des Arts et des Sciences Cinématographiques. Il reçoit la Mention Spéciale du Jury du 31è Festival Cinéma du Réel, organisé par le Centre Pompidou à Paris du 5 au 15 mars dernier.
L'AUTEUR : Eugenio Polgovsky Ezcurra est né à Mexico en 1977, il est autodidacte. Il a remporté le troisième prix du concours de photo ACCU organisé par l'UNESCO.

 

 

  • : à l'occasion d'un stage de quatre mois dans la maison d'édition scolaire et littéraire Castillo à México D.F., j'ai créé ce blog pour y intégrer mes découvertes et coups de coeurs. Journal d'un diseñador.
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échéance : 24 décembre

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